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Nymeria

 
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Lalwendë
Porteurs de l'Adieu

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Messages: 78
Guilde: Couvent de Muspell'

MessagePosté le: Jeu 8 Nov - 18:36 (2012)    Sujet du message: Nymeria Répondre en citant

Départ 
  
Le soleil se lève. Les contours de ce qui m’entoure se précisent. Le ciel se teinte, il rougit d’une timidité nouvelle. La lumière cherche à se cacher entre les feuilles d’arbres proches. Des rayons translucides se dessinent. Autour, tout semble se couvrir d’or. Une légère brise vient taquiner les feuilles, elle se propage, hésite, retombe un instant et revient, plus forte. Elle s’immisce dans la tranquillité des pâles rayons, elle les dérange. Ils semblent vouloir se retirer pour une autre cachette plus paisible mais n’y parviennent pas. Ils sont prisonniers de ses branches traîtresses encore quelques instants.  
Le soleil se lève. La nature se réveille avec la lumière naissante. Un oiseau, timidement, lance un appel. Pas de réponse. Il recommence, de longues secondes s’écoulent… Soudain, une réponse, puis deux, puis trois… Les petits êtres chanteurs s’animent et emplissent l’air de leurs cris mélodieux. C’est le signal, la nuit se retire, le soleil continue sa longue ascension. Les couleurs se transforment, l’oranger laisse place au bleu du ciel. Les timides rayons prennent de l’assurance, ils font disparaître les dernières ombres qui s’accrochent désespérément. Ils dépassent les arbres et atteignent l’herbe. Ils font briller la rosée, la prairie s’illumine, de minuscules diamants liquides se sont répandus sur le sol.    
Devant ce singulier spectacle, je m’élance, mes jambes nues foulent l’herbe, les gouttes s’envolent. Très vite, mes pieds se retrouvent trempés, malgré mes bottes épaisses. Je m’arrête, observe la prairie verdoyante qui m’entoure et m’allonge sur le sol humide. Je regarde le ciel, je souris aux oiseaux qui partent pour un long voyage, à la recherche de chaleur. Ils semblent fuir les nuages qui partent dans l’autre sens. Ou peut-être est-ce les nuages qui les fuient… Mon esprit repart dans un de ses interminables raisonnements.  
Je frissonne et mes pensées s’interrompent. L’hiver sera bientôt là, je le sens. Un petit nuage de buée sort de ma bouche, ma poitrine se soulève, le sang pulse à mes oreilles. Les bras et les jambes étalés de tout leur long, je profite de mes derniers instants de liberté. Je ferme les yeux, respire lentement, tend l’oreille, le sourire aux lèvres. A chaque inspiration je sens la vie entrer en moi. Je reste quelques minutes, mon attention absorbée par les bruits qui m’entourent.  
Puis, lentement, j’ouvre les yeux, je me redresse et reste assise un instant. Je frissonne, la rosée a infiltrée mes minces vêtements d’été. Je me lève et repart de là où je suis venue.  
Bientôt, tout ça ne sera plus qu’un souvenir… 
  
  
Mon pied trouve familièrement l’appui, je prends mon élan, m’élance et me retrouve sur le haut du mur. Je reste en équilibre, assise à califourchon sur mon perchoir et observe le parc qui s’étend devant moi. Une prairie artificielle, avec son herbe verdoyante et coupée ras, ses petits buissons taillés à la perfection, ses arbres bien droits… Un peu plus loin, ce grand potager où les légumes d’automne grandissent lentement, sous la douce chaleur des rayons du soleil. Et derrière tout ça, ce petit monastère, avec son cloître, son église, ses nonnes qui vaquent tranquillement à leurs occupations…. Je ferme les yeux et inspire pour ce qui me semble être la dernière fois, j’attrape la branche proche et me laisse glisser à terre, de l’autre côté du mur. Durant ma descente, la branche proteste, craque un peu plus que la fois précédente. Je songe avec mélancolie qu’il s’agit sans doute de la dernière fois que j’entre en secret. Sans doute la dernière fois tout court, même. 
En longeant le mur, je me dirige vers un buisson proche, m’accroupit derrière et en sort une besace. J’en retire une tunique blanche bordée d’un bleu pâle, plutôt simple et un peu chiffonnée. J’ôte mes vêtements trempés, les fourre négligemment dans le sac et enfile la tenue propre et sèche en grelottant. Je recache la besace et me dirige d’un pas décidé vers le couvent. Je sens mon cœur battre de façon effrénée, je me mords l’intérieur de la joue et m’oblige à respirer lentement. J’entre par la grande porte et sens le rouge me monter aux joues. La lourde porte se referme derrière moi dans un bruit sourd et les quelques sœurs passant dans le hall à ce moment tournent vers mois des yeux étonnés. Je feins de ne rien remarquer et continue mon chemin. Je gravis d’un pas léger l’escalier, mes pas raisonnent contre le parquet parfaitement ciré. Je me concentre sur ce bruit, excluant toute autre pensée de ma tête. Je me dirige vers ma petite chambre sombre et froide. Je m’arrête à l’entrée, observe le mobilier spartiate : un lit peu confortable, un petit coffre pour mes rares tenues et une petite table à peine éclairée pour mes études. Une odeur de fleur des champs flotte dans l’air, des particules de poussière volent dans les rayons du soleil qui se sont frayé un passage jusque là. Sur le lit, une poupée de chiffon est négligemment posée, avec ses cheveux de laines emmêlés et sa robe rose à la couleur passée. Mon seul lien avec ma vie d’avant dont je ne garde aucun souvenir. Je m’approche, la prends et la sers contre moi. Je la tends à bout de bras, la regarde, une esquisse de sourire aux lèvres : 
  
Ah… Ma pauvre Betty ! 
  
Je la pose soigneusement sur le livre de contes avec lequel j’ai appris à lire et sors de la chambre, en refermant doucement la porte derrière moi et repart, le cœur un peu plus léger.  
  
  
  
Ma besace sur l’épaule, je tourne une dernière fois la tête vers le monastère, le lieu où j’ai grandi. Il donne l’impression d’être un lieu calme, reposant, un petit paradis où la vie se fait douce. J’inspire profondément, pour me donner du courage et rabat la cape sur mes cheveux. Le froid se fait vif, l’hiver s’est bel et bien installé. Mes pas hésitants font rouler les cailloux du chemin, je souffle sur mes doigts gelés dans l’espoir de les réchauffer. Quelle folle idée de partir d’un lieu si paisible, un jour si froid, sans but particulier que de découvrir. Je continue à avancer, droit devant moi et décide de ne me plus me retourner. 
Néanmoins, mes pensées errent jusqu’à il y a trois jours, lorsque, de retour de ma sortie matinale, je pris la décision de quitter le monastère pour trouver ma propre voie. Ma discussion animée avec Sœur Marie qui, si elle acceptait ma décision, la voyait d’un triste œil. Le regard de ses consœurs, attristées de me voir partir, après tant d’années passées auprès d’elles. Mon cœur se serre en songeant à cette vie à laquelle je ne retournerai jamais, une boule d’angoisse se forme dans ma gorge avec une irrésistible envie de me retourner et de courir jusqu’au monastère. Je tiens plus fermement ma besace en respirant lentement, dans l’espoir de me calmer. 
Si je suis convaincue que consacrer ma vie à Dieu est mon destin, je le suis tout autant que je ne pourrais pas vivre pleinement en restant auprès d’elles. Alors pourquoi cette peur ? N’ai-je pas toujours eu envie de m’aventurer dans les contrées qui me faisaient rêver, lorsque j’étais enfant ? 
Je lève les yeux et regarde droit devant moi, aussi loin que je le peux. Il m’est impossible de changer de décision maintenant. Je ne saurais jamais si c’est la bonne, avant d’avoir été au bout. Rassérénée par mes pensées, mon pas se fait plus vite, moins hésitant. J’observe ce qui m’entoure d’un œil neuf. Je peux désormais m’aventurer plus loin que ma prairie, je peux vivre comme je l’entends et je suis libre. Je lève les yeux et aperçois les derniers oiseaux migrateurs, qui se hâtent de rejoindre les pays chauds. Je suis comme eux à présent, libre. 
Et je sais que, si je me retourne, le monastère aura disparu, ne laissant que les souvenirs… 
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MessagePosté le: Jeu 8 Nov - 18:36 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Lalwendë
Porteurs de l'Adieu

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Guilde: Couvent de Muspell'

MessagePosté le: Sam 17 Nov - 19:38 (2012)    Sujet du message: Nymeria Répondre en citant

Rencontres 
  
Les yeux ouverts depuis plusieurs heures, je scrute le plafond au dessus de ma paillasse. Une araignée tisse lentement sa toile, se frayant un passage entre la poussière et les anciennes toiles de ses congénères. Dehors, j’entends la pluie ricocher contre le sol. Je me lève malgré mes jambes courbaturées, il est tant que je rende la chambre de cette auberge miteuse. Perdue dans mes pensées, j’enfile la robe rose pâle que j’ai troquée contre la tunique de nonne trop large et trop longue pour voyager sans gêner mes mouvements. J’ouvre la petite fenêtre en grand dans l’espoir de chasser l’odeur de moisissure, m’appuie dessus et observe la rue en contrebas. Les villageois se pressent en tout sens malgré la pluie battante, vaquant à leurs occupations et se lançant des regards tendus. J’avais réussi jusque là à me trouver un lit chez des habitants, en échange de quelques soins mais il semble qu’ils soient de plus en plus soupçonneux envers les voyageurs, à l’approche des lieux de conflits. Je pousse un soupir en pensant aux longues heures de marche qui m’attendent, jusqu’à la frontière entre les zones neutres et le Royaume en guerre. Je referme la fenêtre, attache ma cape en rabattant la capuche sur mes cheveux, dans l’espoir de les protéger de l’humidité et attrape ma besace. En sortant, j’adresse un dernier regard à l’araignée : sa toile est finie, elle semble se reposer, en équilibre sur les minces fils, attendant une proie. 
Après avoir payé ma chambre un prix affolant, je me retrouve dehors, trempée en quelques secondes, le moral au plus bas. La perspective de marcher dans le froid ne me réjouit pas. Je m’arme néanmoins de courage et me dirige vers la sortie du village. Si mon voyage se déroule normalement, je devrais arriver au Royaume à la fin de la journée. En cinq jours, ma bourse s’est vidée à une vitesse effarante et le faible tintement des pièces me fait accélérer le pas. Plus vite j’arriverai, plus vite je serai capable de subvenir à mes besoins. Mais que faire ? Ces interrogations m’amènent à un autre problème : je ne peux rester indéfiniment neutre. Je relève un peu ma capuche pour regarder le ciel. La pluie ruissèle sur mon visage, faisant disparaître pour quelques temps les questions. La route est entourée d’arbres imposants, qui semblent surveiller les voyageurs d’un regard bienveillant. Ils filtrent la pluie qui ricoche contre leurs feuilles dans un concert bourdonnant. Le vent souffle doucement entre les branches, faisant tomber les gouttes qui s’accrochent. Mes pieds claquent contre le sol, s’enfonçant toujours un peu plus dans la boue et alourdissant mes pas. La forêt est silencieuse de tous bruits ordinaires : pas de bruissement dans les feuilles au passage d’une biche, pas de chants s’élevant dans les airs. Je tends l’oreille, dans l’espoir d’entendre le moindre signe de vie. Je reste immobile un moment, ferme les yeux. Soudain, un bruit, léger, lointain. Je me concentre dessus : cela ne ressemble pas aux bruits ordinaires d’un bois.  
J’ouvre les yeux, un homme approche. Ses traits sont indistincts, masqués par le rideau de pluie. Je reprends ma route, les joues en feu d’avoir été surprise perdue dans mes pensées. Je marche au bord du chemin, la tête baissée, les yeux cachés sous ma cape. Arrivée à son niveau, je relève la tête, curieuse de voir qui m’a interrompue. Il marche d’un pas assuré, torse nu, les muscles saillants il semble revenir d’un entraînement. La pluie qui ruissèle ne parait pas le déranger. Il porte fièrement le blason du Roy. Nos yeux se croisent, un sourire se forme, remplaçant ses traits durs. J’entends le sang pulser à mes oreilles et je continue mon chemin, sans m’arrêter. 
J’en ai la certitude : je le reverrai et à ce moment, j’arborerai les couleurs du Roy. 
  
  
  
Assise sur mon lit, je couds fièrement l’insigne du Roy sur ma cape. Mes doigts ne sont pas très habiles, je me pique à plusieurs reprises. J’aurais du suivre avec plus d’assidu les conseils en matière de couture des sœurs… Et il aurait certainement été plus aisé de le faire faire par une personne plus adroite. Perdue dans mes pensées, je me pique une énième fois le bout du doigt. Une goute de sang perle et j’écarte vivement la main pour ne pas salir mon ouvrage. Les pâles rayons du soleil hivernal donnent une atmosphère paisible et joyeuse à la pièce. Le mobilier spartiate me rappelle la chambre de mon enfance. Les objets chers à mon cœur s’y trouvent : de la poupée posée sur le lit au livre de contes sur le bureau. Ne manquent que les personnes… Je soupire et pose ma couture sur le lit à côté de moi. Je me lève et me dirige vers la fenêtre. Dehors, des cris fusent. Les aventuriers partent ou reviennent de combats avec un degré plus ou moins important d’enthousiasme. Mon cœur se gonfle de fierté : bientôt, je les accompagnerai. Je scrute avec attention leur visage, cherchant le mystérieux homme croisé quelques jours plus tôt. J’essaie de reconnaître son sourire, ou même ses traits durs. Je plisse les yeux pour essayer de mieux voir, en vain. Je suis trop loin et mes souvenirs de lui sont indistincts, masqués par un rideau de pluie. Je soupire de découragement, il faut me rendre à l’évidence, je ne le reverrai pas. Et puis, à quoi bon ? Il ne se souviendra certainement pas de moi. Je lève les yeux vers le ciel. Le soleil est bas mais brille d’un vif éclat. Il reste encore plusieurs heures avant que la nuit ne vienne. Peut-être qu’en me dépêchant… Je retourne m’asseoir sur le bord du lit, reprend ma cape et poursuit ma couture.  
Une fois terminée, je l’attache fièrement sur mes épaules, saisi mon bâton et dévale l’escalier qui mène à la rue. Je me dirige d’un pas énergique vers les portes de la ville. 
Ce soir, ce sera moi qui reviendrais raconter mes exploits à l’auberge. 
  
  
  
Le soleil se couche, couvrant l’atmosphère de pourpre. Les arbres au loin deviennent moins visibles. Bientôt, ce qui m’entoure se cachera dans l’ombre, les pièges disparaitront, les ennemis seront invisibles. La froideur de la nuit s’infiltre sous mes vêtements, je serre ma cape un peu plus, rentre mes mains dans mes manches en frissonnant. Je me hâte pour ne pas être surprise par la nuit tombante. Je surveille d’un œil fatigué le chemin, m’attendant à tout moment à rencontrer un adversaire potentiel. Je le sais déjà, je ne pourrai pas faire face, aussi démuni soit-il. Mon cœur se serre à cette pensée. Le vent se lève, soufflant dans les feuilles. Elles semblent murmurer : 
        … Trop faible… 
Le soleil n’offre plus qu’un mince filet de lumière, me donnant l’impression qu’une porte se ferme. Je serre les poings sous ma cape pour me retenir de trembler. Je me sais incapable de survivre seule, incapable de subvenir à mes besoins, de me défendre face à ce monde en guerre. 
        … Trop faible… 
Les feuilles continuent leur chant monotone. Je cale mes pas sur leurs plaintes qui tournent en boucle dans ma tête. Elles envahissent mon esprit, chassant toute autre pensée. Je serre les dents, ferme les yeux et avance aveuglément. La sensation de froid s’en va, je ne sens plus les pierres rouler sous mes pieds. Je n’entends plus qu’une chose : 
        … Trop faible… 
Je glisse, me prends les pieds dans quelque chose, une branche me dis-je. Je sens le sol heurter ma tête, mes pensées s’embrouillent : douleur, froid, peur. Avant de disparaître. Je me recroqueville sur moi-même, oubliant les pierres qui meurtrissent mes côtes. Je ne suis pas si mal ici, il ne fait plus froid. 
J’entends quelque chose, c’est indistinct. Je pense qu’il faut que je me lève, que c’est l’heure des mâtines. Sœur Camille sera en colère si je n’y vais pas. Le bruit est sourd, il résonne dans ma tête. Soudain, je me souviens, je suis sur le chemin menant à Brosems, je ne dois pas rester là. C’est trop dangereux. J’ouvre les yeux et essaie de rassembler un peu de force pour me relever, en vain. Face à mon impuissance, les larmes montent, elles brouillent ma vue. Le bruit est tout proche puis, il s’arrête d’un coup. J’entends une respiration sifflante au dessus de moi. C’est la fin, la mort vient m’accueillir, j’ouvre la bouche, m’humidifie les lèvres et déglutit difficilement. Je rassemble mon courage et lâche dans un sanglot : 
        Je t’attendais. 
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:27 (2018)    Sujet du message: Nymeria

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